D’une harmonie à l’autre…

Jeudi,24 mai, 2007 · Pas de commentaire

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Harmony Korine est à Cannes cette année, souvenons-nous du roi crasseux de la singularité filmique américaine…

Bon, la formulation est assurément gauche mais tout de même, le passage de Korine avec son troisième long métrage cette année à Cannes m’a rappelé à quel point j’aime le travail de ce cinéaste. Trop espacé à mon goût, chaque film de Korine est un évènement en soi et je crois qu’il est très pertinent de prendre un peu de recul et de jeter un coup d’œil, encore une fois, vers son superbe long métrage Gummo.

Dans l’univers distortionné de Korine, Gummo n’est pas le cinquième Marx discret. Chez Papa Korine, Gummo est l’accumulation de fragments d’une vie post-apocalypse telle qu’elle serait vécue dans le sud des États-Unis. Déviation sur les évènements entourant la tornade qui a terrassé la petite communauté de Xenia, Ohio, l’expérience de Gummo se rapproche d’une science-fiction malsaine ou plutôt d’une anticipation incontrôlable. Dans ses mots proprement crasseux, Korine étale les pièces d’un casse-tête difforme puis les racole ensemble avec ce qui serait l’équivalent d’un ‘duck-tape’ observateur.

En fait, essayer de mettre des mots sur l’univers complexe de Korine est un exercice plutôt hasardeux. Non seulement les mots justes se font rares quand vient le temps de cerner le personnage, mais ils sont d’autant plus futiles quand l’on s’attarde le moindrement à la trame narrative du film. Deux jeunes garçons marchandent des carcasses de chats contre quelques dollars. Trois jeunes filles découvrent la vie et la sexualité sur un terrain vague ne laissant que trop peu d’options. Etc…

Le village ravagé exposé par Korine n’est pas anonyme, mais n’a pas d’identité non plus. C’est une vision au travers d’un fond de bouteille trouvé au bord de feu délaissé. C’est sale, c’est flou par endroits et ce n’est pas toujours évident à cerner, mais tout de même, l’objet offre un possible de compréhension étonnant. Par le questionnement fait, surface l’illumination, l’émerveillement face à la naïveté projetée hors de ce microcosme hostile. Korine ne fait pas dans la dentelle, mais il sait être touchant juste ce qu’il faut pour rendre tolérable ces véritables visions d’horreur.

Toujours marqué par ses visages uniques, ses accents forts et ses situations complexes, le petit monde de Korine ne se laissera probablement jamais apprivoisé. Qualifié comme un cinéaste à l’état brut, indompté, limite sauvage, Korine fait beaucoup de chose avec sa production filmique, mais il ne laisse assurément pas indifférent. Gummo, c’est un cri du cœur assourdi dans la vase. Ça crée des remous, mais c’est toujours la crasse qui frappe en premier. On n’y échappera pas avec Gummo et Korine va en rajouter avec Julian Donkey Boy. Mais on aime ça.

J’aime ça…Et j’espère que vous allez aimer ça.

Harmony est de retour, allons tuer des chatons (métaphoriquement parlant).

Site Officiel
Gummo sur Wiki

Catégories : Cinéma

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