
C’est en 1909 que Jack London a publié sa superbe nouvelle A Piece of Steak. À l’époque, les enjeux étaient bien différents mais tout de même, London avait su transporter son lecteur au travers des déboires et des aspirations d’un boxeur et il justifiait, de par sa plume et son propos, le statut de noble art qu’a longtemps obtenu la boxe professionnelle.
Depuis cette époque, le sport a drastiquement changé et le coté spectacle occupe désormais une place indéniable au cœur de ce cirque viril et médiatisé. L’individu n’est plus porteur d’une collectivité mais bel et bien garant de ses propres actions et intérêts et les cotes d’écoutes, nouvelle doctrine universelle, gèrent beaucoup de ficelles dans cette pratique.
Mais samedi soir, en direct de Las Vegas, la boxe a retrouvé une partie de son lustre lorsqu’elle a permis à deux hommes de s’affronter pour beaucoup plus qu’une poignée de dollars. Oui, Floyd Mayweather Jr. est une machine médiatique et chacun de ses combats rapportent énormément à la chaîne HBO et à tous les parieurs de ce monde. Ricky Hatton est aussi une grosse pointure en Angleterre et le succès était instantané du coté du vieux continent. Malgré toute la machine autour, toute la polémique un peu magouilleuse de la boxe actuelle, les deux hommes ont réussi à faire une chose très noble.
Ils ont rassemblés.
Des milliers de hooligans avaient traversés l’Atlantique pour venir encouragé leur héros local. Les chants fusaient de toute part au MGM Grand et il y avait même des huées durant l’hymne national américain. Tom Jones s’est joint à la fête et Samedi soir, d’abord et avant tout, c’est l’Angleterre qui venait sur le territoire américain pour répondre à la gifle envoyée par Mayweather fils. L’appel au duel était suffisant pour que l’orgueil anglaise soit touché et le représentant Hatton avait sa nation derrière lui, tambours et trompettes aidant, pour triompher du rêve américain.
Être dans film, Ricky Hatton aurait pu célébrer autour d’une Guiness dans le lobby du MGM Grand. Malheureusement, la logique l’emporte bien souvent dans ce bas monde et c’est là que la magie s’est franchement opérée. Prenant la défaite avec un sourire compréhensif, Hatton entendait encore l’écho de ses fans qui ne l’avaient pas abandonné. Ce n’était pas le résultat du duel qui importait, c’est la quête accomplie par le jeune Hatton qui avait permis aux chants de tous ces hooligans de se faire entendre partout à travers le monde.
Une nation derrière un seul homme, dans un contexte des plus véridique. Ça me rappelle pourquoi je peux apprécier autant la boxe. Derrière la violence, les coups et les blessures, il y a de l’humanité à l’état pure et lorsque celle-ci est extrapolé de façon planétaire comme c’était le cas ce Samedi, on ne peut qu’être bouche bée devant telle démonstration et se sentir petit.
Et faible…
La boxe n’est peut-être plus le noble art qu’il était, mais depuis Samedi, je me sens plus près de ses grands écrivains qui chérissaient la boxe d’antan parce que j’ai finalement compris pourquoi. Je vous laisse sur la fin de la nouvelle de London et je vous laisse le lien pour la lire en entier, un bijou que je saisis maintenant…finalement.
He covered his face with his hands, and, as he cried, he remembered Stowsher Bill and how he had served him that night in the long ago. Poor old Stowsher Bill! He could understand now why Bill had cried in the dressing-room.
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