Être publié … pour écrire ou pour être connu?

Mardi,1 avr, 2008 · 13 commentaires

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Appelons ça ma phase de question, mais cette semaine, je jongle avec l’option d’abuser de l’alcool ou de me poser des questions aux réponses sans fin. Comme je suis un ‘working drone’ de jour maintenant, l’option des abus éthyliques est moins charmante alors … je me pose des questions et je les partage sur mon blog. C’est à moi après tout, j’en fais ce que j’en veux, pardi!

Alors voilà, la question maintenant. Aspire-t-on d’être publié parce que l’on a envie d’écrire ou parce que l’on a envie d’être célèbre?

Il faut ici prendre la célébrité au sens large du terme pour que la question fasse du sens et n’implique pas qu’au Québec, un auteur est souvent très anonyme vu la ‘non lecture’ de notre génération. Ceci étant dit, la célébrité ici inclus, et n’est pas exclusive à, la notion de voir son nom synonyme d’une œuvre collective qui perdurera après notre existence. La célébrité devient essentiellement, dans le raisonnement suivant, une entité de reconnaissance plus que de consécration.

Blâmons tout de suite Renard-Léveillé (c’est plus drôle écrit ainsi) pour la question parce qu’il a mentionné les dessous de la hiérarchie éditoriale auprès des maisons d’éditions québécoises.

J’en reviens à ma question, pourquoi le désir d’être publié? Plus j’y pense et plus j’ai de la difficulté à concevoir que le désir d’être publié réside purement et simplement dans l’envie d’écrire, que ce soit une fiction, une auto-fiction ou un livre de référence. Il y a ce coté narcissique que partage tous les aspirants auteurs se baladant avec leur manuscrit de portes en portes qui me fait réfléchir par rapport à la pertinence de la démarche. Moi-même, j’ai longtemps voulu voir mon nom en lettre soignée sur la jaquette de livre, mais est-ce vraiment parce que j’ai besoin d’écrire à ce point? Aucun doute sur le fait que j’adore l’écriture mais est-ce qu’un amour envers une action aussi prenante peut vraiment motiver toutes ces démarches?

Sans méchanceté aucune, la collection des aspirants auteurs ressemble à un vaste concours de mensonge pour créer la personnalité artistique la plus charmante / énigmatique qui percera la mémoire collective. L’authenticité étant passé de mode, on se crée des monstres de personnages pour devenir un icône plus qu’un auteur. Après tout, un livre, faut le vendre, et un flanc mou sans avenir … ce n’est pas vendeur.

Alors, comment est-ce que cette culture du faux, du fait sur mesure, peut vraiment reposer un discours qui met à l’avant-plan l’exploration d’une passion viscérale. N’est-ce pas la une contradiction très grasse, voir insultante, pour les auteurs anonymes qui eux n’essai pas d’être publiés mais passe plutôt leur temps libre à noircir des carnets?

Faut pas non plus perdre de vu que pour être publié, il faut d’abord écrire, puit faire la pute aux grands vents pour que nos écrits sans attraper au vol. Alors, quand l’effort de prostitution est plus grand que l’effort d’écriture, peut-on vraiment parler d’une passion des mots … au-delà d’une passion de son ego?

Et oui, je sais que je n’apporte pas tellement de constructif au moulin ici, mais c’est l’effarante contradiction entre le ‘discours’ et ‘l’action’ qui m’agresse ici, comme si l’époque de la littérature ‘pure’ était bel et bien morte pour faire place aux potineurs aspirants pulitzer.

Il y a bien sûr des exceptions, ce serait une erreur que d’inclure tout le monde dans cette mascarade, mais ces exceptions sont elles différentes pour affecter suffisamment le panorama actuel?

Je crois que je suis trop blasé et de mauvaise foi face à tout cet univers. Moi, quand je vois qu’un bouquin a besoin d’un passage à Tout le monde en parle pour faire quelques ventes, ça me désole. Et quand je vois des aspirants auteurs qui se forgent à même ces catins qui justement reçoivent les fleurs de Guy A., je ne peux qu’être triste pour l’avenir de l’expression écrite francophone, québécoise.

Les Blogs prennent de l’importance dans ce genre de situation décevante, mais encore là, il y a beaucoup de sable dans l’eau et bien peu de filtre pour rendre le tout digeste.

Catégories : Bouquin

13 réponses so far ↓

  • renartleveille // Mardi,1 avr, 2008 à 11:54

    Bien que je ne comprenne pas quel humour il y a à écrire mon pseudo Renard-Léveillé, je comprends tout à fait votre questionnement. Mais j’aurais tendance à le regarder d’une manière plus pragmatique.

    Pour ma part, j’aime écrire, je crois avoir du talent, et j’aimerais que cela soit un minimum payant, voilà tout, et on sait que ça va de pair avec la reconnaissance du public. Pour ce qui est du désir d’être lu, la blogosphère est une bonne manière de le combler. On verra bien si de nouveaux auteurs ressortiront de l’aventure web dans laquelle nous sommes plongés, celle qui se passe au-delà des médias et de l’industrie culturelle déjà établie.

    Merci pour l’hyperlien.

  • Noisette Sociale // Mercredi,2 avr, 2008 à 1:13

    Très intéressant comme débat!

    Je crois que les deux sont intimement liés.

    Bien sûr, quelqu’un qui veut faire la démarche pour être publié recherche certainement une reconnaissance du public, une certaine gloire à plus ou moins grande échelle.

    Le fait de devenir “célèbre” dans la littérature permettra à son auteur d’écrire. Si c’est ce qu’il veut faire dans la vie, c’est beaucoup plus pratique d’être connu car ainsi, il peut s’adonner à temps plein à son art, plutôt que seulement de soir ou de fin de semaine.

    Je crois tout de même que la première motivation est la célébrité et ce n’est pas négatif en soi.

    C’est comme pour les blogueurs. Ceux qui prétendent n’écrire que pour leur seul plaisir et se foutre d’être lu ou pas sont des menteurs. S’ils disaient vrai, ils auraient un blogue privé. Puis rendu là, je ne sais pas si on peut appeler ça un blogue.

    C’était mon grain de sel ;)

  • renartleveille // Mercredi,2 avr, 2008 à 3:11

    Noisette,

    ceux qui ont des blogues privés l’ouvrent seulement à leurs amis et leurs familles, mais il reste que ce sont quand même des blogues selon la définition. Même plus que certains blogues corporatifs…

  • Stephane // Mercredi,2 avr, 2008 à 3:15

    Le débat du Blog privé et public est pertinent, bien évidemment.

    Mais faut pas se leurrer, la plupart d’entre-nous écrivons ces dit Blog pour être lus. Ceux qui le font en privé, justement, représente l’exception que je mentionnais dans mon questionnement plus haut.

  • Noisette Sociale // Mercredi,2 avr, 2008 à 3:36

    Bon, d’accord, les blogues privés sont des blogues, si tu veux.

    Mais moi, dans ma tête, un blogue doit être public pour pouvoir porter ce nom.

    Sinon, moi j’assume très bien mon désir d’être lue! ;)

    Pour ce qui est d’écrire de quoi qui vaudrait la peine de faire une démarche de publication, j’ai encore des croutes à manger. Pas assez structurée pour ça encore.

    Mais je souhaite bonne chance à Renart, éventuellement. Il a une très bonne plume :)

  • Stephane // Mercredi,2 avr, 2008 à 6:18

    Effectivement,

    Si Renart veut faire quelques sous avec l’écrit, go for it.

    Je ne proscris pas la démarche, je soulève un questionement, c’est tout.

  • renartleveille // Mercredi,2 avr, 2008 à 6:48

    Selon Wikipédia, à la suite de la page sur la définition des blogues, il est bien écrit que la majorité des blogues en France sont privé…

    Ça doit être la même chose ici.

  • Isatruc // Jeudi,3 avr, 2008 à 4:18

    J’aime écrire, mais pas autant qu’être lue et répondue. (Le blog me permet d’avoir du feedback, et c’est franchement important pour moi.)

    C’est ma place à moi, où je peux commencer à parler de ce qui m’intéresse sans avoir peur d’être à côté de la conversation.

  • Ange // Vendredi,4 avr, 2008 à 9:33

    Nous voulons tous que notre identité, profondément inscrite dans notre style d’écriture, ait un jour son quart d’heure de gloire. Pour moi, c’est aussi simple que ça. Si l’écriture était une fin en soi, nous serions des écrivains au sens le plus “pur” du terme. L’art pour l’art. Dès qu’il y a objectif ou engagement, on passe une frontière qui induit l’attente d’une reconnaissance, quelle que soit sa nature.

  • Stephane // Vendredi,4 avr, 2008 à 1:46

    Isa ,

    Je suis d’accord pour le Blog, l’intéraction sur ‘l’intime’ est fort agréable, voir justificatrice de l’acte même de blogger.

    Ange,

    Tu résume bien mon point dans le sens ou il ne faut pas être naif au point de croire qu’il n’y a pas une quête de reconnaissance dans le désir de publication. Bienvenue by the way…

  • Mía // Samedi,5 avr, 2008 à 11:51

    Bonsoir Stéphane,
    Je vous découvre… et j’aime.
    Le mot «Prostitution» est extrêmement bien choisi, mais je parlerais plutôt de prostitution de l’art en général. Elle est partout, cette image de l’artiste qui est un raté parce que presque personne ne goûte à son art. Si bien que les artistes en viennent à créer exclusivement pour les autres sans se soucier de ce qui leur importe vraiment. Et l’art s’en trouve perverti, et ça ne veut plus rien dire. C’est laid.
    Bravo, quel exutoire que ce texte!
    Merci
    Mía

  • Stephane // Dimanche,6 avr, 2008 à 1:19

    Merci Mia,

    Bienvenue…content de faire un effet aussi ‘bénéfique’ disons-le.

  • jesuistropcreppy // Vendredi,11 avr, 2008 à 3:37

    plus jeune, j’ai gagné quelques concours, écrit quelques lignes qui ont sucité de l’intérêt chez quelques personnes dans le milieu de l’édition…

    j’en étais très fière, et on me présentait comme une jeune poète de la prochaine génération, c-a-d que je serais publiée et connue, un jour

    puis, je me suis tannée des courbettes et des lichages de cul sans fin, et je me suis retirée du milieu, évité les lancements, etc…

    j’avais exactement le même genre de débat, à l’époque: est-ce que je veux publier au point de me prostituer pour y arriver?

    bien sur, il y en a certains qui auront le bon manuscrit au bon moment, ou pour qui tout ces jeux ne sont pas des bassesses, mais ce n’était pas pour moi, tout simplement…

    pour le moment je me satisfait d’un blogue et de quelques rares feedbacks, j’écris pour moi, tant mieux si on me lit, encore plus si on aime

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